Retour sur cette très belle journée du 14 Juin 2008 à Nîmes, cité gardoise dont les pierres encore debouts nous offrent des délices (in)attendus...
Départ en début d'après-midi avec Gloupi, Minala et Swapper et arrivée sur les lieux du drame vers 15h00, juste à temps pour acheter quelques souvenirs (t-shirts et posters) et entendre le soundcheck résonnant annonciateur d'une riche soirée. On aura pu entendre Weird Fishes/arpeggi, Myxomatosis, Where I end and you begin, un petit bout de caribou des Pixies, There there, Talk show host, No surprises et Reckoner... Et c'était que l'apéro!
Nous rejoignent par la suite Ernesto (le cheveu court !), Durden, Mirz et ses acolytes et le temps de prendre une bière au coin des arènes, nous voici rentrés, telle la foule attendant les gladiateurs. On s'installe au sommet des arènes (ou presque), quasiment en face de la scène et profitons du temps d'attente pour profiter du spectacle que procure à lui seul ce lieu.
Une bonne heure plus tard, arrive sur scène les extravagantes Bat For Lashes, accompagnées par 2 musiciens pour compléter le set live, et les miss commencent fort en envoyant d'entrée les plus gros morceaux du phénoménal premier album du groupe "Fur and gold". Natasha Khan, chanteuse à la voix mixée entre Bjork et cat power, tient le groupe sur ses jolies épaules et délivre un chant pur et cristallin, très proche des versions studios. Les costumes sont colorés, la musique aussi, expressive, brillante, un brin gamine, un chouilla intellect... Un très beau concept, à peine gâché par les 4 débiles profonds assis juste derrière nous sur lesquels je ne m'étendrai pas. Seuls les plus beaux souvenirs demeurent... le public est quand même assez réceptif même si l'assistance attend évidemment "le plus grand groupe du monde", comme souvent décrit par des médias en manque d'inspiration...
Une autre bonne heure se passe et la ola fait plusieurs fois le tour des arènes:
[video]http://www.youtube.com/v/B2xuaiQavZM&hl=fr[/video]
Les avions en papier volent dans le stade, certains traversant presque entièrement l'hémicycle, accueillis par une salve d'ovations.
Puis les lumières s'éteignent, une petite musique soft électro s'élève dans les arènes, et le groupe fait son apparition. RADIOHEAD est là. Johnny Greenwood enveloppé dans la capuche de son sweat attrape sa guitare puis se jette derrière son synthé, un petit citron à la main, Colin et son shaker rejoignent Ed et son tambourin à côté du micro, Phil s'installe derrière ses toms et Thom, après avoir longuement souris à la foule, empoignent sa guitare. Tout commence en percussions, pas de doute, ce sont bien les premières mesures de "RECKONER", testé en ouverture de show pour la première fois et on approuve. Une chanson "dedicated to all human beings" avec le pont ou Thom chante "in rainbows" dans un souffle annonçant ainsi un live tel le dernier album du groupe, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Le final de "Reckoner" est sublime, épique. Et l'enchainement avec les arpèges de "Weird Fishes/Arpeggi" est très bien senti. On se retrouve vite "in the deepest ocean", après avoir touché de près l'arc-en-ciel. La basse de Colin réinsouffle sans cesse du souffle à ce duel entre un rythme batterie speed et un jeu de guitares(sssss) tout en doigté. La relance sera purement rock avec "Myxomatosis", maladie du lapin chez les animaux, maladie de parkinson chez Thom Yorke qui se ballade sur scène avec son micro en sautillant et se tordant dans tous les sens un peu partout sur scène. "All I need" calme le jeu avec ses longs accords de synthé, son rythme batterie bien posé, sa mélodie à la basse, les scintillements du Xylophone, les ambiances lourdes d'effet de Ed et son final dément, une montée en puissance comme on en a rarement entendu et Thom au piano hurlant "It's all Wrong, It's allright"... Puis Johnny se saisit de son archet et installe l'ambiance de "Pyramid song" pendant que Thom au piano chante une mélodie mélancolique sur ce
rythme en 11/8 toujours en décalage où le jeu de batterie subtil de Phil m'a toujours complètement abasourdi tellement il est incompréhensible et cohérent à la fois. "Nude" conclut ce passage soft ; quelle beauté se dégage de ce morceau, que d'émotions sont emportées par ce "You'll go to hell for what your dirty mind is thinking" et ces Houhous du final qui n'en finissent plus de nous transporter tout simplement ailleurs.
Retour sur la terre ferme avec les percus qui s'installent devant Ed et Johnny et c'est "There there" qui prend la suite, remarquablement exécuté. S'en suit un PHÉNOMÉNAL hymne national ou "National anthem" ou johnny joue tour à tour avec sa radio (on aura pu entendre une pub pour un diagnostic qualité et un commentaire footeux sur l'équipe de Grèce, euro oblige) et les ondes martenots qui ont fait le succès de ce morceau et de l'album "Kid A" ; la basse de Colin est comme toujours hypnotique et les visuels se déchainent éclairant les arènes comme en plein jour et reflétant les aléas sinusoïdales du jeu de Ed et Johnny... Splendide.
Nouvel enchainement plus soft avec le beau "Faust arp" ou Thom et Johnny sont seuls sur scène, face à face, jouant sur leurs folks une mélodie tiraillée entre Beatles et Elliot Smith. Puis un rythme 4/4 lent lancé par Johnny se dépose sur scène et Thom commence les premiers accords d'un "Videotape" parfait : "This one's for the good days". Ce morceau est vraiment poignant, tellement profond, tellement beau tout simplement. On aperçoit Phil sur les grands écrans du fond de scène qui envoi juste quelques percus soft sur le bord de sa caisse claire, les yeux fermés, apparemment dans un autre monde, probablement le même que celui où le groupe nous transporte ce soir. Le vieux "No surprises" est toujours agréable à réentendre et n'a rien perdu de sa beauté berçante, tels les plus beaux chants des mères près de leur enfants.
"15 Step", ouverture de "In rainbows" commence une cession dansante, ou tout du moins transcendante, comme en témoigne les mouvements (la danse ?) de Thom sur scène. Un "15 step" ou Johnny perdra le fil conducteur par 2 fois, envoyant les riffs du refrain à la place du couplet et vice-versa, ce qui lui vaudra un regard foudroyant de Thom et un petit temps de latence dans le morceau mais rien de bien méchant. Le "Where I end and you begin" qui suit est incroyable. C'est une vraie bombe qui explose devant nous, du napalm laché sur la foule qui s'embrase sans comprendre un seul instant ce qui lui arrive. Il faut bien avoué que ce morceau est hors norme, la basse qui tient la mélodie est envoutante, tout comme le synthé et la guitare de Ed guidée par un e-bow (archet électronique - cqfd). Tout comme Thom qui se déchaine, on peut dire "I'm up in the clouds and I can't come down". Mais c'est loin d'être fini car c'est "Idioteque" qui enchaîne. L'énergie du groupe et particulièrement de Thom sur ce chef d'œuvre à caractère techno-dance est bluffante. On est quasi littéralement plongés dans une autre dimension, envoyés par fusée express dans un espace intermusical auquel il est impossible de resister... Comment ne pas bouger dans tous les sens sur ces rythmes de fous, de fous géniaux ? Et comment redescendre pour essayer vainement de toucher terre, pourtant bien ferme sur les rochers des arènes, quand le groupe enchaîne encore avec "Everything in its right place" ? Je pense sincèrement qu'à ce moment là j'ai complètement déconnecté, impossible de se raccrocher à quoi que ce soit si ce n'est au plaisir que prend visiblement le groupe à être là, notamment quand Thom, qui arrête de jouer du rhodes, se ballade sur scène, puis visiblement ravi, se couche sur le bord de la scène puis s'assoit face au public et profite de cette belle communion entre le groupe et ses fans, pendant bien 30 secondes magiques.
"street spirit" , clotûre de "The bends", second album du groupe, amplifie encore une ambiance planante déjà à son paroxysme ; et toujours johnny qui joue du synthé avec la tête du manche de sa guitare pendant qu'il envoie ses riffs dans les aigus. Enfin, c'est la chanson à guitares par excellence qui termine ce show, "Bodysnatchers" et son rock pêchu, violent et entêtant... Déjà ?
Non, car après 3 minutes d'applaudissements continus, voici Radiohead de retour et Thom qui envoie les premiers riffs de "House of cards", une ballade enivrante ou Ed multiplie les micro-effets de guitare, ou Johnny "râpe" ses cordes avec son médiator et une reverbe exacerbée. Le public n'aura de cesse de frapper des mains au rythme du morceau du début à la fin de celui-ci.
Puis c'est le passage Roméo et Juliette ou le groupe enchaîne "Talk show host" et "Exit music". TSH est éblouissante, malgré le trou de mémoire fatal de Thom qui reprendra du début le morceau ! Mais le final est toujours aussi dément. Exit Music sera un des (nombreux) sommets de ce concert où le public se taira totalement pour laisser la guitare acoustique et la voix de thom pénétrer de son souffle la totalité des arènes, complètement soumise au charisme du moment.
Le single "Jigsaw falling into place" est un pure merveille live, surtout quand on sait que le groupe ne l'avait pas joué en début de tournée, probabalement parce qu'ils n'arrivaient pas à bien la faire sonner. Là, elle est tout simplement éblouissante, elle a la patateuh ! Un véritable tout, une cohérence fantastique, un gros morceau dira-t-on... Et pour finir ce rappel par une valeur sûre, c'est "karma police", la fameuse, qui assure et assume son rôle d'effigie du groupe.
3 autres minutes s'écoulent jusqu'au retour du groupe, et, oh surprise, une deuxième batterie s'installe sur le devant de la scène, thom s'y installe, pas de doute, c'est "Bangers and Mash". Note d'humour au passage de Thom : "If you don' know this song, you're just gonna dance. If you wanna have a laugh, watch me drummin'". On rigole en premier lieu oui, mais quelle performance quand le morceau commence. Thom s'essouffle littéralement en chantant à tue-tête et en cognant comme un pantin désarticulé sur sa batterie modèle réduit. Quelle bombe électrique ce morceau ! Une pulsation acoustique quasi discontinue où les guitares sont "loud" et Ed qui assure les chœurs comme un instrument à lui tout seul, Johnny qui balance des riffs incroyables et finira sa performance en s'effondrant sur scène... Hallucinant ! Et c'est "Planet Telex" qui termine le set du groupe avec un visuel merveilleux, plein de couleurs sur ces néons (qui n'en sont pas - puisque éclairage écolo oblige) qui descendent du ciel et forment une scène stalagmitique... Le morceau d'ouverture de "the bends" clôture magistralement un live de 2 heures que personne parmi nous n'aura vu passé... On sort péniblement d'une bulle dans laquelle le groupe à réussi à nous enfermer dès les premières notes, une chambre forte isolée dans laquelle les émotions foisonnent et ou le sentiment de bien-être est un fil conducteur, conducteur d'une électricité fourmillante dans notre corps qui, semble-t-il, ne peut plus quitter nos têtes déjà pleines de souvenirs.
Bon voilà, désolé d'avoir été si long, mais je suis Fan,
et j'assume.
